Sultan

Non moins touchante, l'histoire de Sultan dont Mlle Émilienne Moreau, la jeune héroïnede Loos, a vanté le courage dans ses « Mémoires », que publia le Petit Parisien. C'était un beau chien de chasse, que son maître avait abandonné en fuyant Loos, au moment de l'invasion. Il s'était attaché aux soldats qui l'avaient tout de suite adopté. En quelques jours, il s'était si bien habitué à la vie des tranchées que la canonnade semblait le laisser indifférent.

Une nuit, quelques soldats français, chargés d'une mission périlleuse, s'approchèrent des lignes allemandes, L'un d'eux tomba en route, grièvement blessé. Il fallait à tout prix le secourir. Un des nôtres, dans la tranchée, eut une idée ingénieuse: il attacha sa gourde au cou de Sultan. Le brave chien n'hésita pas: il courut droit au blessé, qui souffrait de la soif et saisit la gourde avec joie. Revenu dans nos lignes, Sultan voulut faire un second voyage: il porta cette fois quelques vivres, qui réconfortèrent Téclopé et lui prouvèrent qu'il n'était pas abandonné. On put, en effet, peu après, secourir le malheureux — qui plus tard, on le devine, ne se fit pas faute de choyer son courageux sauveteur.

A quel point l'instinct de secourir ceux qui souffrent élait développé chez ce brave chien, Mlle Moreau et les siens en eurent à leur tour la preuve, quand Sultan s'attacha à eux. Pendant l'occupation allemande, ils avaient grand'peine, comme tous les habitants de Loos, à lutter contre la disette des vivres. Impossible de franchir le cordon des sentinelles pour aller chercher aux champs des pommes de terre: ceux qui s'y risquaient étaient sans ménagements reconduits à coups de crosse, voire même emprisonnés. Sultan semblait se rendre compte des privations dont son entourage pâtissait. Mlle Moreau, un matin, le vit revenir au logis en toute hâte. Il portait quelque chose dans sa gueule: c'était un saucisson dérobé aux Allemands. L'objet du larcin élait malheureusement à demi pourri et Sultan seul eut le courage d'en faire son repas, lorsqu'il eut la certitude que ses maîtres ne trouvaient pas la « surprise » de leur goût.

 Sultan ne s'en tint pas là: on le vit revenir, quelques jours après, porteur d'un morceau de beurre, enveloppé dans de la toile. Comment se l'était-il procuré? Au prix de quelles ruses avait-il pu franchir les lignes allemandes? Chacun se le demandait. Cette fois, Mlle Moreau et les siens purent faire honneur au cadeau. Et Sultan, battant de la queue, semblait tout joyeux du succès de sa trouvaille.

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