La conquête de l'espace

1er chien dans l'espace : Laïka

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Ce n'était pas la première fois qu'un animal franchissait la limite séparant l'atmosphère terrestre de l'espace, fixée pour l'Armée de l'Air américaine à 80 km d'altitude, pour les scientifiques à 100 km. Le tout premier fut un singe baptisé Albert 2, qui fut lancé le 14 juin 1949 à 22 h 35 TU (15 h 35 locales) depuis la base militaire américaine de White Sands à bord d'une fusée V2 et atteignit une hauteur de 133,9 km. L'animal supporta parfaitement le vol ainsi que l'indiquèrent les enregistrements réalisés à bord de l'habitacle pressurisé, mais périt à la suite de l'impact du retour, suite à un défaut de fonctionnement du parachute.

La sélection du chien

L'URSS et les États-Unis avaient précédemment envoyé des animaux en vols suborbitaux, notamment sur des missiles soviétiques R-1 en 1951 et 1952. Trois chiens ont été formés pour le vol de Spoutnik 2 : Albina, Mouchka et Laïka. Ce fut le scientifique russe Oleg Gazenko qui sélectionna et entraîna Laïka. Albina vola deux fois sur une fusée-sonde lors de tests en haute-altitude, et Mouchka fut utilisée pour tester l'instrumentation et l'équipement autonome de survie.

L’entrainement

Pour habituer les chiens au confinement dans la cabine exiguë de Spoutnik 2, ils furent maintenus dans des cages de plus en plus petites pendant des périodes pouvant dépasser 20 jours. Leur étroit confinement eut pour effet de les faire cesser leurs besoins et de les rendre agités, détériorant leur état. Alors que l'utilisation de laxatifs n'améliora pas leur état, les chercheurs constatèrent que seules de longues périodes de formation étaient efficaces. Les chiens furent placés dans une centrifugeuse, qui simulait l'accélération subie au lancement de la fusée, ainsi que dans des machines reproduisant les bruits à bord du vaisseau spatial. Ces conditions expérimentales eurent pour incidence le doublement de leur rythme cardiaque et l'augmentation de leur pression sanguine qui passa de 30 à 65 torr. On les habitua également à consommer un gel nutritif à base d'aliments en poudre et d'eau, leur seule nourriture dans l'espace.

Histoire de Laïka

La chienne, qui plus tard serait appelée Laïka, fut trouvée errante dans les rues de Moscou. C'était une chienne bâtarde, âgée d'environ trois ans, et pesant près de 6 kg. Le personnel soviétique qui l'a recueillie lui a donné plusieurs noms et surnoms, parmi lesquels Koudryavka (« petite bouclée »), Zhoutchka et Limontchik.

« Laïka », nom russe désignant des chiens bâtards ressemblant au husky, fut le nom popularisé à travers le monde. La presse américaine la surnommait Muttnik (« mutt » signifiant « chien bâtard » + le suffixe -nik), calembour de « Spoutnik », ou l'appelait « Curly » (« bouclé »). Son pedigree est inconnu, bien qu'il est couramment accepté qu'elle était née d'un croisement d'un husky (ou d'une autre race nordique) et d'un terrier.

Le Vol

Après le succès de Spoutnik 1, Nikita Khrouchtchev voulait le lancement d'un second engin pour le 7 novembre afin de célébrer le 40e anniversaire de la révolution bolchevique. Dans l'urgence, sans étude préalable, Spoutnik 2 a été construit en quatre semaines.

Cette mission ne prévoyait aucune récupération possible de Laïka : la cabine pressurisée dans laquelle elle se trouvait avait été soudée au dernier étage du lanceur.

Selon un document de la NASA, Laïka fut placée dans le satellite le 31 octobre 1957, trois jours avant le début de la mission. L'animal avait été revêtu de sa combinaison spatiale spécialement taillée. Un réservoir en caoutchouc situé à l'arrière devait recevoir urine et excréments. Les températures à Tyuratam, près du cosmodrome de Baïkonour, étaient extrêmement froides à cette époque de l'année, si bien qu'un tuyau relié à un radiateur fut utilisé pour maintenir sa cabine au chaud. Deux assistants furent affectés à sa surveillance avant le lancement. Juste avant le décollage, le 3 novembre 1957 soit presqu'un mois jour pour jour après le lancement du premier satellite artificiel Spoutnik.

Le pelage de Laïka fut épongé à l'aide d'une solution faiblement alcoolisée et soigneusement toiletté. On enduisit d'iode les parties de son corps où des électrodes seraient implantées pour surveiller ses fonctions corporelles.

Au maximum d'accélération lors du lancement, le rythme respiratoire de Laïka grimpa jusqu'à trois à quatre fois son rythme normal. Les sondes montrèrent que sa fréquence cardiaque était de 103 battements/minutes (bpm) avant le lancement et avait atteint 240 bpm au début de l'accélération. Après que Spoutnik 2 eut atteint son orbite, la coiffe protectrice fut larguée avec succès. Cependant, le dernier étage du lanceur ne se sépara pas comme prévu, empêchant le système de régulation thermique de fonctionner correctement. Une partie de l'isolation thermique se déchira, ce qui éleva la température de la cabine à 40 C. Après trois heures en impesanteur, le pouls de Laïka était revenu à 102 bpm ; le retour au rythme cardiaque « normal » prit trois fois plus de temps que lors des essais au sol, signe du stress enduré par la chienne. Les premiers relevés indiquèrent que Laïka était agitée mais qu'elle mangeait sa nourriture. Cependant, au bout d'approximativement cinq à sept heures de vol, Laïka ne donna plus aucun signe de vie.

Spoutnik 2 fut finalement détruit (avec la dépouille de Laïka) en rentrant dans l'atmosphère terrestre le 14 avril 1958, cinq mois plus tard, après avoir effectué 2 570 rotations autour de la Terre.

La vraie cause de sa mort ne fut révélée que plusieurs décennies après la mission. Les versions qui subsistèrent jusqu'aux révélations du docteur Dimitri Malachenkov (en) en 2002 affirmaient qu'elle était morte en consommant de la nourriture empoisonnée — qui avait été préparée pour lui éviter de souffrir de la chaleur lors du retour de Spoutnik 2 dans l'atmosphère — ou d'asphyxie à l'épuisement de ses réserves d'oxygène.

Malgré la mort de Laïka, l'expérience prouva qu'un être vivant pouvait survivre à un vol en orbite autour de la Terre et subir les effets de l'impesanteur. La mission Spoutnik 2 prépara le terrain pour le vol spatial de l'Homme en fournissant aux scientifiques les premières données sur les réactions des organismes vivants dans l'espace.

Un monument a été dressé au centre de recherche biomédicale où elle avait été dressée, en son honneur.

 

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Dans la mission suivante, Spoutnik - 5 :

Lancé le 19 août 1960, c'est le second vol test pour le programme Vostok.Cet engin transportait deux chiens, Belka et Strelka, quarante souris, deux rats et plusieurs espèces de plantes. Ils furent tous récupérés sains et saufs le jour suivant. C'était le premier vol spatial qui ramenait ses occupants vivants.

Date de dernière mise à jour : 30/01/2013

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